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D’une « littérature internationale » à l’autre, par Sophie Bialek Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
05-03-2004

D'une « littérature internationale » à l'autre
Sophie Bialek
L'expertise collective de l'INSERM sur l'évaluation des psychothérapies aura nécessité, nous dit-on, le passage en revue de « plus de mille articles de la littérature internationale ». La publication du dernier ouvrage du Pr J. Cottraux Les visiteurs du soi , concomitante de la publication du rapport de l'INSERM, nous a amené à porter toutefois notre attention sur une autre littérature, tout aussi internationale encore que bien moins fournie, particulièrement prisée de Mr Cottraux , mais aussi plus largement, des cognitivo-comportementalistes français.




En effet, dans un paragraphe des Visiteurs du soi, intitulé « Sigmund Fraude ? » J. Cottraux s'en réfère à l'autorité de « nombreux historiens très bien documentés », pour lesquels « la psychanalyse est une imposture que personne n'ose plus dénoncer ». Il poursuit : « on assisterait à un camouflage systématique des échecs, pour préserver la « découverte » jugée capitale du rôle de la sexualité infantile dans les névroses (…) La majorité des cas sur lesquels s'est fondée la psychanalyse apparaissent comme des échecs, habilement minimisés. Ces échecs sont recouverts de gloses théoriques interminables et de références multiples à des travaux antérieurs donnant l'impression d'une masse d'écrits démonstratifs, alors qu'ils proviennent tous du même auteur ou d'un cercle restreint d'admirateurs. Les histoires de cas sur lesquels repose la psychanalyse sont peu nombreuses et leur étude approfondie ne permet pas de parler de guérison ni même d'amélioration partielle » (p140).

Reportons-nous donc à l'index bibliographique et déclinons l'identité des « nombreux historiens très bien documentés », auteurs d' ouvrages aux titres évocateurs : Benesteau J. Mensonges freudiens, Eysenk H. Déclin et chute de l'empire freudien , Shepherd M. Sherlock Holmes et le cas du Dr Freud , Van Rillaer J. Les illusions de la psychanalyse …

Le livre de Mr Benesteau , a particulièrement retenu notre attention. Il s'agit en effet de l'ouvrage le plus récent. En outre, il s'est vu décerner en 2002, l'année même de sa parution, le prix de la Société Française d'Histoire de la Médecine. Il succède ainsi au palmarès à Elisabeth Roudinesco, couronnée en 1996 pour son ouvrage Généalogies , avec cette mention du jury : « Dans cet ouvrage, l'historienne de la psychanalyse en France raconte ses origines, son enfance, sa formation intellectuelle avec les maîtres qui lui ont donné le goût de la recherche en histoire : G. Deleuze, M. de Certeau, J. Lacan. Elle nous montre ensuite qu'au-delà de son travail sur les archives du freudisme français, elle a eu l'impression de témoigner pour une génération, celle qui trouva dans le structuralisme, dans cette alliance particulière de la littérature, de la linguistique, de la philosophie et d'un certain freudo-marxisme, les raisons d'un engagement philosophique différent de celui de J.-P. Sartre qui était alors prédominant. Ainsi nous amène-t-elle à connaître à la fois les origines de sa vocation d'historienne et les motivations de sa recherche en histoire du mouvement psychanalytique en France qui se termine avec le troisième volume qu'elle a consacré à Jacques Lacan. C'est ce retour sur soi dans un mouvement de réflexion à la fois autobiographique et autocritique qui a particulièrement retenu l'attention du jury. »
Malheureusement, les remarques du jury qui a honoré Mr Benesteau font défaut. Quoiqu'il en soit, on consultera Mensonges freudiens pour y vérifier que ce n'est assurément pas le « mouvement de réflexion autobiographique et autocritique » de son auteur qui aura pu impressionner aussi favorablement le jury 2002 de la Société Française d'Histoire de la Médecine.
Ainsi que nous l'indique la quatrième de couverture de Mensonges freudiens, Mr Benesteau est non point historien mais psychologue hospitalo-universitaire. Ajoutons qu'il co-dirige avec Jacques Corraze, Professeur Honoraire des Universités, Agrégé de philosophie, docteur ès lettres et sciences humaines et psychiatre, le site neuropsychomotricité.com où l'internaute pourra prendre connaissance d'une série d'articles consacrés à la génétique du comportement, à l'enfant surdoué, à l'hyperactivité… Il y découvrira en outre le texte d'une conférence donnée conjointement par Mrs Benesteau et Corraze en juillet 2001 à Roquefavour, le premier sous le titre « Freud ou l'art de bien mentir », le second sous celui de « la psychanalyse comme possession spirituelle » ainsi qu' un texte de Mr Benesteau intitulé « Quelques mots de synthèse d'un siècle de travaux sur l'héritabilité de l'intelligence ».
On entrevoit ici à quel point la fibre historienne de Mr Benesteau est sélective : si un siècle de travaux sur l'héritabilité de l'intelligence ne justifie que « quelques mots de synthèse » soit un article de 26000 signes assorti de 5 références bibliographiques, il en va bien autrement s'agissant d'un siècle de travaux psychanalytiques. Là, Mr Benesteau, met les petits plats dans les grands, rédige un ouvrage de 350 pages, accumule 733 références bibliographiques, sans compter les notes en bas de pages.

On a donc entrepris de parcourir la préface de Mensonges que l'on doit à Mr J. Corraze (encore lui) pour y lire dès la page 1 : « Finalement avec Sigmund Freud, nous sommes en présence d'une énorme piperie, montée par un grand et authentique artiste, réduisant le grand barnum à un farceur de petites fêtes intimes ( ?). Un imposteur à la stature de géant , organisant par un labeur acharné quotidien, toute une longue vie durant, une géniale et baroque forgerie à l'échelle planétaire et traversant déjà plus d'un siècle, réussissant à force d'autorité surprenante et d'étonnante courageuse vitalité à faire de la plupart de ses victimes des complices qui à leur tour, vont fortifier le travail, faire avancer la machine et camoufler, par de nouvelles escroqueries, les escroqueries originelles et fondatrices ».
Puis on a consulté le sommaire de l'ouvrage qui se décline ainsi : première partie « désinformation » : -chap 1 « l'embargo des archives » - chap 2 « l'histoire grotesque et sérieuse des Lettres à Fliess » (« lettres purifiées », « la fabrication du héros », « maquillage et toilette éditoriale ») - chap 3 « la cause freudienne et son parrain »- chap 4 « une courte chronique des années de plomb » (« une cause légitime de décès ? », « les iconoclastes et l'amour de transfert », « Von H. ,assassinée ») – chap 5 « la légende hagiographique » , Deuxième partie : « Menteries et déraison »… etc. Rebuté par cet arsenal sémantique, on a malgré tout poussé l'abnégation jusqu'à ouvrir le livre au hasard. Le sort a désigné la page 121 où débute le chapitre 7 par les lignes suivantes : « Dans son livre brillant sur la rhétorique du mensonge freudien, Robert Wilcocks assimile les deux compères, Freud et Fliess, à leurs précurseurs Bouvard et Pécuchet. Quand Flaubert mourut, le 8 mai 1880, il laissa un ouvrage inachevé, qui devait initialement s'intituler « les deux cloportes »… ». Basta !
On s'est donc borné à prendre connaissance des positions de Mr Benesteau, eu égard au cas Shreber publié par Freud en 1911. Mr Benesteau y récuse d'un revers de main le diagnostic de paranoïa proposé par Freud, au motif que Shreber pouvait légitimement en vouloir à son psychiatre le Pr Flechsig pour l'avoir fait interner dans une maison de santé. Partant, on se demandera ce qui peut bien motiver « légitimement », le ressentiment haineux de Mr Benesteau à l'endroit de la psychanalyse. Retenons l'hypothèse de l'orfèvre belge en la matière, J. Van Rillaer auteur des Illusions de la psychanalyse (même éditeur) : « Certains lui reprocheront une ironie parfois mordante, qui s'explique sans doute par l'exaspération d'un psychologue clinicien (il travaille à l'université de Toulouse-Rangueil), confronté quotidiennement (sic) à l'arrogance des freudiens de son pays » . L'auteur en donne du reste confirmation lorsqu'il souligne, par exemple, que son ouvrage s'est vu refuser par quatorze maisons d'édition françaises . C'est dire s'ils sont partout … (les freudiens, bien sûr).

On laissera donc de côté Mensonges freudiens non sans constater l'enthousiasme vibrant qu'il a pu susciter chez certains : « Son livre, qui s'ouvre sur une belle préface de Jacques Corraze, surpasse la plupart des publications anglo-saxonnes par la quantité de matériel, mais également par une superbe écriture, parfaitement lisible, souvent drôle, toujours captivante » (Van Rillaer) ou encore : « Ce Livre Noir du Freudisme présente les apports stupéfiants des recherches des historiens qui, depuis plus de trente ans, mettent au jour les mystifications et les preuves des mensonges, occultés dès les origines du freudisme, mais désormais faciles à vérifier. L'expertise révèle une prodigieuse rhétorique de désinformation que le lecteur ne peut plus ignorer… » (P. Gouillou) voire aussi : « La psychanalyse est la plus vaste supercherie intellectuelle des temps modernes : telle est la conclusion simple et sans appel de l'essai de Jacques Bénesteau… » (P. Van den Reysen)

« Le réseau international des critiques du freudisme »

On retrouvera in fine l'ensemble des protagonistes mentionnés ci-dessus, Benesteau, Wilcocks, Corraze, Van Rillaer, Gouillou, Van den Reysen, ainsi que quelques autres, réunis au sein d'une officine baptisée INFC (International Networks of Freud Critics), dont la mission s'explicite ainsi : « La psychanalyse s'est répandue de longue date dans plusieurs pays occidentaux comme l'auxiliaire, sinon comme une partie essentielle, des systèmes de soins. Pourtant, des études critiques, savantes et très rigoureuses —médicales, littéraires, et philosophiques— réalisées depuis plus de trente ans sur les principes et les pratiques de Freud et de ses successeurs, ont montré que l'entreprise freudienne n'était qu'une fraude pseudo-scientifique bâtie sur des interprétations erronées des propos des patients, et que ces interprétations fallacieuses reposaient elles-mêmes sur des théories inexactes —voire impossibles. Cette imposture a abouti au fourvoiement des traitements dus aux malades qui requièrent de l'aide aux pires moments de leur vulnérabilité. La pénétration de l'idéologie freudienne dans nos cultures, grâce à la propagande et la séduction de sa rhétorique, est telle qu'il n'est pas surprenant que ces critiques aient été si fréquemment ignorées par des professionnels de la santé, les médias, ou des autorités politiques.
En conséquence, nous —critiques des dogmes freudiens et de leurs applications— nous sommes accordés dans la création d'une tribune destinée à faire connaître en permanence :
1–les résultats de la recherche moderne sur le freudisme ;
2–l'état des connaissances sur les falsifications et impostures freudiennes. »

On notera en outre que l'INFC est une émanation de la Société Walter-Von-Baeyer Society pour l'éthique en psychiatrie (GEP), créée à Munich, qui « se consacre aux questions d'éthique dans les soins psychologiques et psychiatriques depuis plus de vingt-cinq ans » . Le bulletin de novembre 2003 de cette association nous apprend que l'impulsion décisive pour la mise en place de l'INFC est attribuée par les rédacteurs aux encouragements que leur aurait prodigué Son Excellence Mgr Paul.J. Cordes, Président du Conseil Pontifical « Cor Unum ».
On sera particulièrement sensible à la présence, au sein du comité INFC , du Dr Christophe André, Praticien Hospitalier à l'Hôpital Sainte-Anne, auteur de plusieurs ouvrages sur les TCC, membre de l'Association Francophone de FORmation et de Recherche en THErapie Comportementale et Cognitive (AFFORTHECC) dont le Pr Cottraux se trouve être le Président d'honneur (1). Signalons enfin pour compléter ce rapide panorama que l'Association Française de Thérapie cognitivo-Comportementale (AFTCC) n'est elle-même pas en reste puisque les ouvrages de Mrs Benesteau et Van Rillaer sont également recommandés sur son site à la rubrique « débats sur les psychothérapies » .

On nous objectera que ce petit détour n'était guère indispensable pour prendre la mesure de la nature de l'engagement du Pr Cottraux à l'égard de la psychanalyse. En effet, il suffit de lire l'intégralité du chapitre « Histoire et mythologie de la psychothérapie » pour apprécier sans peine la teneur du propos : mythe , escroquerie financière, enrôlement de type sectaire… Aucun des principaux thèmes de cette campagne révisionniste ne manque à la prose. On nous rétorquera aussi que celle-ci n'est pas nouvelle et qu'un Heysenck s'y distinguait déjà dans les années 50. La nouveauté 2004, c'est sa validation par la haute administration de la santé de notre pays. Le rapport de l'INSERM, premier pas vers la solution au problème de la psychanalyse en France ?

J. Cottraux, Les visiteurs du soi – A quoi servent les psys ?, éd. Odile Jacob. Paris, janvier 2004.
J. Benesteau, Mensonges freudien – Histoire d'une désinformation séculaire, éd. Mardaga. Bruxelles, 2002.
Sur le site de la Société Française d'Histoire de la Médecine : http://www.bium.univ-paris5.fr/sfhm/
J. Van Rillaer sur le site http://vdrp.chez.tiscali.fr
J. Van Rillaer, même site.
P. Gouillou sur le site http://www.douance.org/
P. Van den Reysen sur le site http://vdrp.chez.tiscali.fr
« Le réseau international des critiques du freudisme » : http://www.psychiatrie-und-ethik.de/infc/1_gesamt_fr.html
GEP sur le site http://www.psychiatrie-und-ethik.de
AFTCC sur le site
http://www.aftcc.org/


 
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