L’assassinat manqué de la psychanalyse
Le numéro trente-six de La Règle Du Jeu,
la revue que dirige Bernard-Henri Lévy vient de paraître. Il fait une
large place à deux excellents articles d’Agnès Aflalo regroupés sous le
titre unique du livre à paraître : « L’assassinat manqué de la
psychanalyse ». Il faut saluer l’évènement, qu’une revue qui porte haut
l’opinion éclairée, publie aussi généreusement les travaux d’une
psychanalyste de l’École de la Cause Freudienne, qui entreprend de
déchiffrer ici pour le lecteur ce nouveau symptôme épidémique de notre
civilisation qu’est l’évaluation.

Dans le premier des deux articles, qui s’intitule «Le calcul des TCC»,
Agnès Aflalo nous livre une analyse détaillée de la logique
négationniste que les tenants des TCC ont développée à l’égard du sujet
de l’inconscient, de la jouissance opaque du symptôme et de la clinique
psychanalytique fondée sur le transfert. Elle montre comment, au cours
de ces vingt dernières années, la psychiatrie essentiellement
universitaire, qui a toujours porté en elle un solide courant
organiciste, s’est laissée lentement mais sûrement séduire par la
promesse que lui faisait les TCC de réaliser l’idéal scientifique :
devenir enfin une discipline médicale. Agnès Aflalo réussit à démonter
point par point la méthode et la rhétorique du discours TCC pour le
faire apparaître pour ce qu’il est : une fausse science, alimentée par
un discours universitaire et fondée sur le signifiant maître de
l’évaluation.
Le deuxième article, intitulé : « Surveiller et prévenir », interroge
l’idée de «santé mentale» et ses conséquences, et en particulier
l’épidémie de l’évaluation qui aujourd’hui cherche a imposer son
hégémonie un peu partout dans le monde. Agnès Aflalo y déchiffre avec
sagacité le refoulé du discours de l’évaluation qui s’avance avec la
puissance de l’intimidation du chiffre et cherche à faire passer
l’évidence de la statistique pour le réel de l’affaire. Elle montre de
façon sensationnelle que ce discours ne produit en réalité qu’une
multiplication infinie des anormalités, en même temps qu’il organise, à
l’aide de nombreux préjugés de classe et de races, des exclusions et
des ségrégations qui hantent déjà l’histoire des deux derniers siècles.
Agnès Aflalo nous fait ainsi la démonstration, preuves à l’appui, que
l’envers de cette fausse objectivité transporte, en réalité,
l’idéologie la plus rétrograde.
Ce discours de l’évaluation, ainsi démasqué, fait surgir avec force
l’enjeu politique d’aujourd’hui pour les psychanalystes de l’École de
Lacan. On pourrait l’épingler d’un Witz : “ou la Lacantification éclairée de notre civilisation ou la quantification sourde et aveugle”.
Georges Haberberg
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