Pilule d'or Prescrire : bonnet d'Âne pour les psychotropes
La SARP était présente. Un débat remarquable sur les psychotropes a précédé la matinée. La presse en a largement rendu compte.
AFP — Jeudi 17 janvier (2008), 16h45
PARIS (AFP) — Des psychiatres, psychologues et chercheurs ont dénoncé
une « dérive » du marché des médicaments psychotropes, incriminant
notamment la « logique marchande » des firmes pharmaceutiques, lors
d’un débat organisé par la revue indépendante Prescrire jeudi (17
janvier 2008) à Paris.
Monique Debauche, psychiatre belge, a noté que le volume de vente des
anti-dépresseurs a été multiplié par deux en France en 10 ans, alors
qu’ils peuvent être inutiles, « la plupart des états dépressifs
s’améliorant spontanément en quelques semaines ».
Elle a expliqué la « dérive du marché des psychotropes » par la forte
demande des patients, « habitués à penser leur souffrance en termes de
maladie curable par un médicament », par la formation des médecins «
centrés sur le médicament », et surtout par l’influence des firmes
pharmaceutiques, « omniprésentes » dans la formation et l’information
des soignants.
Elle a dénoncé à cet égard des études cliniques « construites comme des
supports promotionnels », avec un discours « façonné par la logique
marchande ».
Barbara Mintzes, chercheur canadienne en santé publique, a dénoncé le « façonnage » de maladies, qui vise « à élargir la définition d’une maladie pour augmenter la quantité de traitements vendus ».
Elle s’est insurgée aussi contre la tendance à élargir le marché des psychotropes en direction des enfants pour l’hyperactivité, la dépression et les troubles bipolaires, en dépit de leur manque d’efficacité et de l’importance des effets secondaires.
Un pharmacologue, Gilles Mignot, a constaté la « panne de l’innovation » et l’absence de « progrès thérapeutique » au cours des cinq dernières années dans le domaine des médicaments psychotropes. Parmi les médicaments qui « n’apportent rien de positif pour les patients », il a cité des antidépresseurs augmentant le taux de suicide chez les jeunes et des neuroleptiques entraînant une surmortalité d’origine cardiovasculaire chez les personnes âgées.
Mardi, l’UFC-Que Choisir avait proposé de limiter les dépenses de promotion des laboratoires pharmaceutiques, considérant que la prescription est « trop largement influencée par l’industrie pharmaceutique ».
La revue Prescrire a attribué jeudi sa « pilule d’or » à un médicament contre un trouble congénital mortel du cycle de l’urée.
4. Revue Prescrire 20080117
LA CONFERENCE-DEBAT DE LA PILULE D’OR PRESCRIRE LE 17 JANVIER 2008
[N.B. : Cliquer sur le lien ci-dessus pour accéder à l’article sur le site original, avec son contexte enrichi.]
Thème de la conférence-débat :
« Marché des médicaments psychotropes : la dérive »
La « santé mentale » est un thème de société majeur dans un contexte interventionniste qui pousse à la médicamentation et à la « normalisation » des individus : une réponse simpliste à des problèmes complexes humains. L’objectif de la conférence-débat : dresser le panorama de la situation autour de l’exemple du marché des médicaments psychotropes, grâce à des interventions d’horizons variés, avec chacun un angle différent et complémentaire.
La conférence-débat à été animée par Didier Claude Rod, médecin, député européen honoraire.
« Marché des médicaments psychotropes : construction historique d’une dérive »
Monique Debauche, Psychiatre ; Groupe Recherche Action en Sante et Free Clinic - Bruxelles (Belgique)
Grâce à une mise en perspective historique, Monique Debauche décrit la dérive qui s’est opérée dans les 3 domaines suivants de la psychiatrie : recherche, diagnostic, et prise en charge des patients.
• Texte complet de l’intervention (pdf, 404 Ko)
« Cinq années d’analyse de médicaments psychotropes dans la revue Prescrire : bilan »
Gilles Mignot, Pharmacologue ; Responsable de rubrique dans le secteur médicament à la revue Prescrire (France)
Les résultats du bilan de 5 années d’analyse de médicaments psychotropes dans la revue Prescrire sont consternants : panne de l’innovation en psychiatrie attestant des limites de la recherche telle qu’elle est menée dans ce domaine, extension tous azimuts de la médicamentation par les psychotropes, en faisant prendre des risques aux patients.
• Texte complet de l’intervention (pdf, 316 Ko)
« Tous bientôt sous “calmants” dès le berceau ? »
Barbara Mintzes, Chercheur en santé publique ; Enseignant à l’Université de Colombie-Britannique (Canada)
Barbara Mintzes présente le phénomène qu’est le « disease mongering » (« façonnage de maladies » en français), stratégie particulièrement efficace dans le domaine de la santé mentale. Elle développe trois exemples qui permettent de décrire rapidement la situation nord américaine : le syndrome d’hyperactivité avec déficit d’attention, la dépression et les troubles bipolaires.
• Texte complet de l’intervention (pdf, 313 Ko)
©Prescrire 17 janvier 2008
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