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Le mythe de l'effet protecteur des antidépresseurs sur le suicide mis à mal par de nouvelles données Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
30-01-2008
Un article américain commente de nouvelles données suédoises décisives quant au suicide et aux antidépresseurs. Les faits sont massifs, inédits, et renouvellent le débat sur « l’efficacité » des antidépresseurs.
La fin de l’article, qui évoque « l’akathisie » nous fournit néanmoins l’occasion de préciser que nous ne partageons pas la conception qu’elle emporte. Rappelons qu’il s’agit de la thèse récente, amenée par David Healy, célèbre psychiatre gallois auteur du Temps des antidépresseurs, d’un tableau d’agitation interne pouvant mener au passage à l’acte. Le terme d’akathisie entend étendre à bon compte le tableau neurologique bien connu, qui peut survenir sous neuroleptiques, à l’agitation décrite sous antidépresseurs. Dans l’akathisie classique des neuroleptiques, proche du « syndrome des jambes sans repos », il y a pourtant dissociation entre l’agitation physique [ressentie comme étrangère, parasitaire, avec souvent obligation de marcher (tasikinésie)], et l’état psychique, souvent dénué d’angoisse et d’agitation. L’akathisie des neuroleptiques ne mène jamais à un passage à l’acte. Les tableaux que Healy assimile donc à cette akathisie, au contraire, sont typiquement ceux d’une agitation psycho-motrice.
Confirmant notre impression clinique, une étude de 1994 menée par G. D. Tollefson de l’Institut Lilly (Absence of a relationship between adverse events and suicidality during pharmacotherapy for dépression) parue dans le Journal of clinical psychopharmacology n’a trouvé aucune association entre un effet indésirable somatique des antidépresseurs et le suicide. Si même Lilly le dit…
Quoi qu’il en soit, le procédé de Healy, pourtant grand contempteur des antidépresseurs s’il en est, mais tout de même psychiatre cognitivo-comportementaliste, nous semble paradigmatique de l’époque par l’usage radical qu’il fait du suffixe « neuro » (nous faisons référence au récent cours de Jacques-Alain Miller de janvier 2008). Il consiste ici en une neurologisation de l’agitation psycho-motrice. En supprimant le « psycho » du « psychomoteur »,  on attribue le passage à l’acte à l’action du médicament seul. Tout se passe comme si le psychiatre comportementaliste, dans ce cas en particulier, endossait le rejet de la subjectivité toute psychotique de son patient en lui déniant toute pensée à l’origine de son acte, entérinant ainsi son irresponsabilité au nom d’une supposée causalité neurologique de l’acte : science et paranoïa, la main dans la main.
Pierre Sidon


52% des suicidées en Suède en 2006 étaient sous traitement antidépresseur

Transworldnews 21 janvier 2008
Santé et bien être ; News
Traduction de l’anglais : Pierre Sidon
Ce ne sont pas des données issues d'une étude limitée ; il s'agit d'un niveau d'information national concernant L’ENSEMBLE des suicides (entre 18-84 ans) pour l'année 2006. L'information est exceptionnelle ; des registres existent maintenant en Suède, qui permettent à l’Agence Nationale de Santé Publique de savoir quel est le pourcentage de suicides qui ont été précédés par un traitement psychotrope.
Parmi un total de 377 femmes qui ont commis un suicide, 197 (52%) avaient reçu une prescription d'antidépresseurs dans les six mois précédant leur décès. Et 29 (8%), avaient reçu une prescription de neuroleptiques (« antipsychotiques ») SEULS, dans les 6 mois précédant leur suicide.
Cela signifie que 229 femmes – 60% - de celles qui se sont suicidése (18-84 ans) en Suède en 2006 avaient reçu une prescription d'antidépresseurs OU de neuroleptiques dans les 6 mois précédant leur suicide.
Les neuroleptiques avaient été présents dans 97 (26%) des suicides des sujets féminins, (68 femmes, 18%, avaient reçu A LA FOIS des antidépresseurs et des neuroleptiques). NE sont pas inclus, dans ces chiffres, le pourcentage de femmes qui avaient reçu d'autres types de médicaments psychotropes, tels les benzodiazépines.
Ces données sont révélées alors que l'on vient d’apprendre que les laboratoires pharmaceutique ont systématiquement occulté les résultats de leurs essais cliniques lorsqu’ils leurs étaient défavorables, en même temps qu'ils exagérait les résultats positifs dans leurs études sur les antidépresseurs (voir l'article du New York Times : Antidepressant Studies Unpublished), induisant ainsi en erreur les patients et les médecins pendant plusieurs années.
Très couramment, l'industrie pharmaceutique a usé d'une « stratégie de chantage » pour amener les médecins et les patients affectés de tristesse à croire qu'ils DEVAIENT prendre ces médicaments – ou sinon… On a pu lire, dans une publicité qui montrait des tombes : « Une dépression peut se terminer plus vite que prévu » (Wyeth pour Effexor). Des leaders d'opinion financièrement liés aux laboratoires n'ont cessé d'écrire à longueur de temps dans les revues médicales quant à l’« l'effet protecteur » des antidépresseurs sur le suicide. Et les mensonges éhontés selon lesquelles les médicaments corrigent un déséquilibre chimique dans le cerveau (tel le manque de sérotonine) font toujours partie de la communication des laboratoires : « Dans la dépression, la disponibilité normale de ces substances est diminuée. Les antidépresseurs peuvent compenser ces déficits et restaurer la fonction cérébrale. » (Norset : Organon/ Schering-Plough). « Ces médicaments aident à rétablir des niveaux normaux de sérotonine dans le cerveau. » (Seropram ; Lundbeck/ Forest Laboratories).
Mais ces nouvelles données en provenance de Suède disent quelle est la réalité : les antidépresseurs N'ONT pas d'effet préventif sur le suicide – ils sont présents dans 52% des cas de suicides féminins (18-84 ans) pour l'année 2006 ; à l'évidence, ils n'ont pas corrigé quelque forme de « déséquilibre chimique » dans le cerveau de ces femmes.
Une enquête antérieure, en 2007, portait sur des documents, obtenus via la requête de la FOI, et donnaient des informations sur les suicides (2006) commis au cours du suivi et jusqu'à quatre semaines après la dernière visite. L'information a été rendue accessible lorsqu'une loi a été votée rendant obligatoire de déclarer tous les suicides au Ministère de la santé. 367 suicides ont été rapportés par cette loi en 2006 : plus de 80% des personnes qui avaient commis un suicide étaient « traitées » par des psychotropes ; dans plus de 50% des cas, ces personnes prenaient des antidépresseurs, dans plus de 60%, des neuroleptiques et des antidépresseurs.
Les représentants officiels de l’Agence n'ont pas souhaité ajouter quoi que ce soit de plus. Il faut dire qu’ils avaient auparavant endossé le discours des laboratoires et s'appuyaient sur les avis de psychiatres suédois renommés, promoteurs des ISRS (tels G. Isacsson et A.L. von Knorring) qui, depuis plus de dix ans ont promu les antidépresseurs comme médicaments pouvant « sauver la vie ». Un haut responsable a même affirmé que « le traitement basé sur les preuves du trouble psychiatrique sous-jacent peut réduire le risque de suicide », se référant à « l'effet protecteur » qu'il attribuait aux antidépresseurs. Les données sur le large pourcentage de personnes qui avaient commis un suicide après avoir été « traitées » par psychotrope ont été écartées par un de ces responsables qui a affirmé que ces données « ne peuvent pas être considérées comme une base de discussion sur ces questions » ( !). Quand l'agence a publié ses premières analyses pour 2006, publiées du fait de la nouvelle loi, il n'y a pas eu un seul mot au sujet de l’argument le plus massue : plus de 80% des personnes qui se sont suicidées prenaient psychotrope.
L’Agence a reçu beaucoup de requêtes lui demandant de publier TOUTES les données sur les suicides et les traitements psychotropes reçus. Elles ont toutes été déboutées. Des décisions ont été prises au plus haut niveau pour que le public ne sache pas.
Cependant des données ont filtré sur TOUS les suicides (18-84) pour l'année 2006. Pour les femmes, les résultats sont ceux que nous avons vus.
En ce qui concerne les sujets masculins, les chiffres de 2006 sont les suivants : parmi un total de 878 hommes (18-84 ans) suicidés, 291 (33%) avaient reçu une prescription d'antidépresseurs dans les six mois précédant leur mort. Et 41 hommes (5%) avaient reçu une prescription de neuroleptiques (« antipsychotiques ») SEULS dans les six mois précédant leur suicide.
Les neuroleptiques étaient présents au total dans 119 (14%) des suicides des hommes, (78 hommes, 9%, recevaient A LA FOIS des antidépresseurs et des neuroleptiques.) SANS compter encore le pourcentage d'hommes qui prenaient d'autres types de psychotropes.
On peut donc dire que 561 (45%) de TOUS les sujets (18-84 ans) qui ont commis un suicide en Suède en 2006 avaient reçu une prescription d'antidépresseurs OU de neuroleptiques (sans compter les autres types de médications psychotropes) dans les 180 jours précédant leur suicide.
On peut estimer qu’un certain nombre de sujets qui se suicident présentaient un syndrome d'akathisie provoquée par les médicaments – une agitation interne intense, le sentiment de devoir sortir de sa peau, un état totalement insupportable. Il est provoqué par les médicaments psychotropes, et non pas par une quelconque « maladie sous-jacente ». L'akathisie peut pousser quelqu'un à commettre des actes violents – contre soi ou les autres. C'est un problème souvent reconnu et pris en compte dans les notices des médicaments. Un certain nombre de personnes peuvent aussi être atteintes de manie ou d'hypomanie – encore une fois A CAUSE des médicaments ; situations qui peuvent mener au suicide.
 
http://www.transworldnews.com/NewsStory.aspx?id=33878&cat=10

 
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