Pr Bruno Fallisard, psychiatre biostatisticien, penseur.
07-07-2007
Mètre à penser
Les méditations d’un psychiatre scientifique
Tiré de la conférence : "Les neurosciences peuvent-elles nous aider à penser le psychisme ?" donnée à la Maison de Solenn dans le cadre du séminaire de l'unité INSERM U669, par le Pr Falissard, psychiatre, Professeur de biostatistiques à la Faculté de médecine Paris Sud, Directeur de l’Unité Inserm U669
Notes prises à-partir d’un fichier audio téléchargeable sur le site de l’auteur : http://perso.orange.fr/bruno.falissard/Fichiers/Les%20neurosciences%20-%20Bruno%20Falissard.mp3
« …Le premier constat c’est la discordance que j’ai, avec les collègues neuroscientifiques, à les entendre parler de leur spécialité, je retrouve pas mon expérience subjective individuelle ni même celle que j’expérimente auprès de mes patients…
Pour moi, qu’est ce qui fait partie de l’intimité du fonctionnement du psychisme humain et qui mériterait d’être étudié ? Je vais prendre des trucs pas forcément triviaux :
- L’imprévisibilité : les gens sont imprévisibles ; ya qu’à voir pour qui les gens ont voté au dernier référendum (…) J’en dirai pas plus mais… Ya vraiment une imprévisibilité et ça, moi, ça m’interpelle vraiment,
- Les gens savent pas ce qu’y veulent… C’est un vrai truc, qui est en apparence absurde, hein : les gens savent pas ce qu’y veulent. Et c’est un vrai problème dans la vie des patients et dans la vie de tous les êtres humains. Et c’est absurde. En termes de rationalité de l’esprit, c’est absurde.
- Les gens sont masochistes : ya plein de gens, tout va bien dans leur vie et y essaient toujours de mettre des ptits trucs là… Histoire d’emmerder tout le monde... Et c’est pas que les patients qui sont majochistes (sic), hein… C’est… ya plein de gens qui sont masochistes partout. Et pourquoi les gens sont majossichtes (sic), c’est une vraie…
- Et pourquoi on fait des choses malgré nous ? D’ailleurs ça veut dire quoi malgré nous ? Alors bien sûr ya la toxicomanie derrière, ya tous ces trucs là cliniquement… Mais si c’est « je » qui fait des choses comment je peux faire des choses malgré moi puisque c’est moi ? Cet espèce de truc absurde, ça vient d’où ?
- Alors je suis libre, c’est un grand truc chez l’homme ça… C’est un peu lié au précédent, hein…
- Les histoires de méditations : pourquoi les gens y méditent ? Pourquoi y croient en Dieu ? Ca aussi c’est quand même…
- Alors le dernier : le problème de la conscience de soi. Mais on dit ça comme ça, vous savez, c’est vrai, c’est rigolo, avoir conscience de soi, mais en fait, c’est pas… Si on dit que c’est un vrai sujet… D’ailleurs on devrait pas dire la conscience de soi, on devrait dire : la difficulté d’avoir conscience en soi. C’est vrai que vous savez que, alors qu’on a conscience en entretien c’est quelque chose d’évident quand on a un patient, qu’on discute avec lui pendant vingt minutes… On a conscience de lui, c’est quelque chose de très fort… On n’est jamais aussi fort avec soi-même. Par moments on est capté un peu par notre exsitence, et puis on essaie de s’attraper, et puis on n’y arrive jamais. Ca, c’est… Les philosophes l’ont bien expliqué : on a beaucoup de mal à atterrir sur la propre conscience de nous et même ça déclenche une espèce d’état anxieux, d’état de solitude, presque d’anxiété psychotique moi j’aurais envie de dire. Donc ça naturellement, c’est une vraie question majeure qu’expérimentent tous les êtres humains, hein…
Alors est-ce qu’en écoutant les conférences de neurosciences on entend ça, ben, alors… ça peut arriver ; mais presque jamais. Donc : pourquoi ils en parlent jamais ? Alors peut-être parce que c’est trop difficile. Peut-être qu’y faut commencer tout doucement par des petits problèmes tout simples et puis un jour on arrivera à des choses compliquées ? Ben je crois que c’est absolument faux : complètement défensif. On n’en parle pas parce qu’en fait, on pense qu’à ça, mais en réalité c’est tellement angoissant, qu’en fait on l’aborde jamais de face. »