(texte lu par son auteur lors du Forum des psys du 09 avril 2005)
Après le retrait du rapport de l’INSERM sur les psychothérapies du site du Ministère de la Santé, on n’a pas cessé d’entendre, chez les comportementalistes et leurs amis, la même antienne, chantée pour impressionner et faire taire leurs détracteurs : ce rapport aurait été diligenté par deux associations, l’une regroupant des patients, l’autre leurs familles.
Désireux de vérifier la véracité de cette information, j’ai demandé un rendez-vous aux responsables de ces deux associations, que je ne connaissais pas, et qui ont tout de suite accepté, avec une grande cordialité, que nous nous rencontrions. Ils m’ont autorisé à faire état publiquement de notre échange, même si, bien évidemment, ce que j’ai retenu de leurs propos, que je mettrai entre guillemets, n’engage que moi.
C’est ainsi que je me suis entretenu avec Mme Claude Finkelstein, présidente de la FNAP Psy (Fédération Nationale des Patients et ex-Patients en Psychiatrie), et de M. Bertrand Escaig, vice-président de l’UNAFAM (Union Nationale des Amis et Familles de Malades Mentaux).
Je le dis d’emblée : ce qu’ils m’on appris m’a sidéré, révélant à mes yeux ce que j’appellerai un véritable détournement de demande.
Pour donner quelques repères, tels qu’ils m’ont été communiqués, sachez d’abord que l’UNAFAM a plus de 40 ans d’existence et déclare regrouper 12.000 familles, les patients concernés ayant quasiment tous « une pathologie psychotique très lourde ». LA FNAP Psy, elle, existe depuis 12 ans et déclare regrouper 4500 patients et ex-patients en psychiatrie, « toutes pathologies confondues ». D’après M. Escaig, moins de 10% des patients concernés par son association seraient (ou auraient été) en psychothérapie (c’est, bien sûr, m’a-t-il précisé, « un ordre de grandeur »), et très peu en psychanalyse. D’après Mme Finkelstein, 30% des patients et ex-patients concernés par son association, seraient (ou auraient été) en psychothérapie, et 10% en analyse.
Nul doute, au départ, que ces deux associations, étaient bien « demandeuses ». Mais demandeuses de quoi ? toute la question est là.
Ces deux associations souhaitaient d’abord que les pouvoirs publics les écoutent et prennent en compte la souffrance de leurs adhérents, auxquels elles-mêmes apportent de l’aide quotidiennement. Elles souhaitaient ensuite pouvoir s’orienter dans le « maquis thérapeutique », pour reprendre l’expression de M. Escaig et, concernant notamment les psychothérapies qui nous intéressent ici, elles attendaient du Ministère de la Santé qu’il leur en facilite « et la compréhension et l’accès ».
Allons, du coup, à l’essentiel.
Ont-elles, ces deux associations de patients et de familles de patients, demandé un rapport à l’Inserm ? Absolument pas. Ont-elles été consultées sur le choix des experts ? Non, bien évidemment, les « spécialistes » nommant les « spécialistes ». Ont-elles pu au moins discuter, voire contester — pourquoi pas ? — la méthode d’évaluation choisie pour « répondre à leur demande » ? Pas davantage. Soyons encore plus précis. Un seul des patients que ces associations défendent et pour le bien desquels on était supposé agir, un seul de ces patients a-t-il été… ne serait-ce qu’écouté une heure par les experts ? Jamais, même pas cinq minutes. Un seul patient a-t-il pu infléchir quoi que ce soit, avoir la moindre influence, même lointaine, même indirecte, sur le travail des experts, à un moment quelconque de leur évaluation ? Au début, au milieu, à la fin ? Ecoutez, ça ne s’invente pas : les responsables de l’UNAFAM et de la FNAP Psy m’ont raconté avoir appris les conclusions du rapport qu’ils étaient supposé avoir commandité… en lisant Le Monde, comme si, s’étant emparé de leur demande pour produire leur objet scientifique mal identifié, les experts les avaient laissés tomber au final comme des kleenex.
Bref, pour le dire sans ambages, ce que je retiens de ce que m’ont rapporté Mme Finkelstein et M. Escaig, c’est que ces experts ont plus que mal traité leurs supposés commanditaires, sans prêter attention un seul instant à la réalité de leur souffrance, à leur expérience réelle, en prenant simplement prétexte de leur demande pour arriver à leurs fins.
Tenez-vous bien : « en un an et demi ou deux ans » qu’aurait duré l’enquête scientifique des experts, les responsables de l’UNAFAM et de la FNAP Psy m’ont dit ne les avoir rencontrés, « en tout et pour tout que cinq fois deux heures », et attendez : ils ne les ont rencontrés… que pour les écouter faire le récit à sens unique des avancées de leur recherche « scientifique ». Enfin, je dis « cinq fois » : il y a eu cinq rendez-vous, mais très rapidement, la FNAP- Psy a, selon l’expression de sa présidente, « lâché le fil » et l’UNAFAM, elle, a purement et simplement décroché, envoyant pour la représenter auprès des experts Mme Delbecq, personne apparemment très sympathique, mais qui n’était autre que… la représentante que l’INSERM avait détachée à mi-temps auprès de l’UNAFAM pour l’aider, notamment, « à mieux appréhender ce qu’était la recherche » !
Je ne trahis pas le point de vue de Mme Finkelstein qui, par ailleurs, m’a dit ne pas en vouloir à l’INSERM ou à ses experts et détester les « querelles de chapelles » (pour être franc, j’ai trouvé, du côté de l’UNAFAM, la même miséricorde à l’égard de l’INSERM, et la même volonté de ne prendre parti ni pour ni contre les TCC, ni pour ni contre la psychanalyse), je ne trahis pas le point de vue de Mme Finkelstein en la citant : « J’ai très vite compris que ce que nous avions demandé, nous ne l’aurions pas. »
« Mais qu’avez-vous tout de même retenu de ces rencontres avec les experts, aussi épisodiques qu’elles aient été ? », lui ai-je demandé. « La seule chose que j’ai retenue, m’a-t-elle répondu, c’est que les experts étaient très fatigués de lire toute la littérature anglo-saxonne qu’ils devaient analysée, vraiment très fatigués. »
J’ai cru bon d’insister : « Et vous n’avez pas réagi quand ils vous dit qu’ils allaient faire l’impasse, et sur la parole des patients dont votre association se veut respectueuse, et sur la psychanalyse en tant que telle, ou même simplement sur toute la littérature clinique française, qu’ils ont délibérément ignorée ? » « Mais si, ça m’a fait sauter en l’air, m’a-t-elle encore répondu. Mais ils m’ont expliqué qu’ils ne s’occupaient, premièrement, que de ce qui était publié, deuxièmement, que de ce qui était considéré par eux comme scientifique, et qu’on ne trouvait ces deux conditions réunis que dans les publications anglo-saxonnes dont ils avaient fait la liste. » CQFD. Et c’est alors qu’elle m’a dit : « A partir de ce moment-là, je vous avoue que j’ai quelque peu lâché le fil parce que ça me dépassait. »
Concluons. Même si leur ton est resté amène (« Cette expertise était une opportunité à saisir… Même incomplète, elle a le mérite d’exister… C’est mieux que rien… »), de la chape de plomb qui s’est abattue sur leur « demande », les responsables des associations que j’ai rencontrés, m’ont parlé avec beaucoup de justesse : « Notre demande a été sans aucun doute canalisée sur l’outil « expertise collective », outil que nous n’avions nullement choisi. Or en quoi cet outil consiste-t-il ? A lire la littérature scientifique publiée. Une fois qu’on a admis ça, on a admis le reste. » Ou encore : « En fait, on savait d’avance que c’était ce rapport et pas un autre qui serait produit. Vu les ingrédients qu’on avait mis dans la casserole, le plat ne pouvait pas être différent. » Mme Finkelstein et M. Escaig sont tout sauf des naïfs…
C’est d’ailleurs en m’appuyant sur l’entretien que j’ai eu avec eux, que, sous forme de fable, j’explique désormais ce qui s’est passé à ceux qui ne le savent pas.
Imaginez que des personnes qui s’interrogent sincèrement sur les libertés fondamentales, par exemple, vous demandent avec insistance, parce que vous avez l’air sérieux et bien disposés, d’« évaluer » celles-ci. Vous acceptez et vous vous mettez au travail. Vous n’interrogez personne, vous n’allez enquêter sur aucun terrain, mais, par contre, vous vous entourez de huit experts, dont six appartiennent au Comité d’évaluation Joseph Staline et deux à l’Association pour l’Etude et la Modification des Comportement Dissidents. Puis, en toute « objectivité scientifique », vous décidez de ne lire ensemble que la littérature officielle soviétique de 1917 à 1989, corpus impressionnant et qui force le respect (vous êtes d’ailleurs très fatigués de lire tout ça !), et au terme de deux années d’efforts, vous concluez que vous avez répondu à la demande de ceux qui vous ont fait confiance. Vous êtes d’ailleurs heureux de leur apprendre, sur la base du bon millier de textes que vous avez étudiés, que les bénéfices de la liberté sont très limités dans la quasi totalité des cas (93%), et que, par contre (ô surprise !), l’autoritarisme d’Etat se révèle globalement très positif, surtout pour ceux qui l’exercent ou en profitent.
A l’intention des adhérents de l’UNAFAM et de la FNAP Psy, que j’espère avoir l’occasion de rencontrer un jour prochain, je me permettrai d’ajouter cette modeste et ultime recommandation : « La prochaine fois que vous aurez une demande, méfiez-vous des autorités académiques si elles vous disent : « Nous allons bien évidemment y répondre ». Avec elles, c’est toujours comme ça que les ennuis commencent. »
Un psychothérapeute à la tête du groupe UMP de l’Assemblée ! La SARP n’est pas d’accord !
par Jean-Daniel Matet, Président de la SARP
Trois ans après sa première campagne parlementaire visant à réglementer la pratique des psychothérapies, Monsieur Accoyer, manifestement insatisfait du dialogue qui s’est instauré sur ces questions entre les professionnels et le gouvernement, a décidé de passer en force. Cette fois, il ne proteste plus de sa bonne foi à l’égard des psychothérapeutes bien formés car les préjugés méprisants sont sur le devant de la scène, assortis d’insinuations diffamatoires à l’endroit de ceux qui ont négocié avec le gouvernement.
Le Président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, médecin de formation, veut protéger la population contre les actions des sectes, évoquant sans cesse les dangers que celles-ci font courir à se déguiser en psychothérapeutes. Que des sectes aient utilisé les voies de la promesse thérapeutique pour attirer à elles des esprits faibles n’est pas contestable, mais pourquoi le député Accoyer veut-il à ce point en faire porter la responsabilité à l’ensemble des psychothérapeutes ? Certains médecins eux-mêmes ne font-ils pas valoir, de bonne ou de mauvaise foi les promesses thérapeutiques des techniques qu’ils veulent promouvoir ? Faut-il le reprocher à l’ensemble des médecins sous prétexte que bien des essais thérapeutiques, de mise au point de nouvelles techniques, ne se font pas sans risque pour la vie même de ceux que l’on veut soigner. Personne ne songe à interdire la pratique médicale et l’innovation thérapeutique qui en fait sa force et c’est pourtant une telle interdiction que Monsieur Accoyer est en train de faire passer avec son cavalier législatif, en glissant un article concernant la pratique des psychothérapeutes dans une loi sur les médicaments. En confiant aux seuls médecins et psychologues formés par l’Université la reconnaissance des psychothérapeutes, il détruit tous les efforts que les organisations professionnelles ont prodigués pour former, encadrer, garantir les pratiques psychothérapeutiques de leurs membres et il privilégie une approche des faits psychiques et de leur pathologie par la seule pharmacologie ou par le comportementalisme qui fait valoir aujourd’hui ses titres de noblesse scientistes dans les facultés de psychologie. Il dénie la dimension pratique de la formation que le praticien s’impose le plus souvent à lui même (psychanalyse personnelle en particulier) et cherche à gommer la part subjective, qui dans la relation, ne s’attrape ni par les molécules, ni par des injonctions comportementales. L’appui sur la relation intersubjective fait pourtant le fonds de 70 % des pratiques en psychiatrie.
C’est une destruction programmée de nombreux centres de formations cliniques et d’enseignement qui est à l’œuvre sous prétexte d’intérêts financiers, argument cocasse, quand on connaît les difficultés de la collectivité à financer les soins qu’elle a déjà en charge. D’où parle cet homme qui considère que cette dimension qui vise l’intime pourra disparaître des préoccupations de citoyens qui pourtant les prenaient en charge eux-mêmes ? Pourquoi privilégier la filière universitaire exclusive où le complexe médico-comportementaliste tente de s’imposer si ce n’est pour accréditer l’idée que seuls les médicaments et les TCC seraient susceptibles d’assurer l’arsenal thérapeutique des symptômes psychiques. Les psychiatres de la SARP ne peuvent pas laisser dire une telle contre-vérité et invitent leurs confrères à méditer ce qui se joue pour les psychothérapeutes. C’est le même mouvement qui cherche à faire entrer toutes les pratiques psychiatriques dans l’ensemble économico-épistémologique de la médecine, à l’hôpital comme en ville, sous prétexte du progrès scientifique. Déjà au début du XXème siècle, ces arguments étaient utilisés pour invalider les découvertes de la psychanalyse, et ce discours n’a pas beaucoup changé. La raison est combattue au nom de la vérité scientifique et la rigueur de ce qu’un Lacan a su lire dans le discours des sujets psychotiques est méprisée.
La SARP refuse que la psychiatrie, avec son histoire, ses acquis, comme ses erreurs, soit balayée au nom d’une science thérapeutique dont les résultats sont loin d’être à la hauteur des espoirs qu’ils font naître, où la clinique est réduite à la statistique sémiologique et l’acte du praticien à l’application des protocoles mis en place par les recherches qui ont partie liée à l’industrie du médicament, jusqu’au scandale, comme régulièrement la presse spécialisée en donne des exemples.
La SARP, considérant que la provocation législative de M. Accoyer est l’expression des forces les plus réactionnaires de notre société qui veulent aussi en finir avec la psychiatrie relationnelle, se félicite des actions entreprises par la coordination psy pour soutenir les psychothérapeutes injustement menacés et veut témoigner que les psychiatres ne seront pas complices de ces manoeuvres.
S’employer à définir les conditions d’exercice de la profession de psychothérapeute n’est pas a priori contestable. On peut considérer, tout au contraire, que cette tâche est utile, nécessaire, et donc légitime.
Ce qui, en revanche, est hautement contestable, c’est l’acharnement à vouloir accomplir cette tâche sur la base d’un texte totalement contradictoire dans ses termes et c’est le consentement à ce que cette question légitime soit continuellement instrumentalisée par d’autres causes et tout particulièrement par la croisade que mènent un certain nombre d’adeptes du comportementalisme et des thérapies cognitivo-comportementales pour tenter de disqualifier à la fois la psychanalyse et les psychothérapies relationnelles.
Les deux nouveaux amendements que M. Accoyer vient de faire adopter à l’Assemblée Nationale relèvent de cette double dérive.
La Commission d’Enquête de l’Assemblée Nationale relative à l’influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs — Président M. Georges Fenech, député UMP, Rapporteur M. Philippe Vuilque, député PS — vient de remettre son rapport. Elle a été créée par l’Assemblée Nationale le 28 juin 2006. Ce rapport s’inscrit dans la série des rapports annuels des Missions Interministérielles de Lutte contre les Sectes — la MILS, puis la MIVILUDES, ainsi que ceux remis par les deux précédentes commissions d’enquêtes parlementaires.
On se souvient que le rapport 2000 de la MILS avait été cité dans les justifications de l’amendement Accoyer: certains mouvements de psychothérapie auraient servis de base à des pratiques sectaires. On sait qu’il y a peu, certaines organisations ont brandi le risque sectaire comme justifiant la mise en place d’une formation strictement universitaire à la psychopathologie, telle qu’elle est prévue par l’article 52 de la loi de Santé publique du 9 août 2004 sur le titre de psychothérapeute.
vous pourrez lire l’ensemble des travaux de la commission, sa composition, la résolution de création de cette commission, le rapport lui-même ainsi que ses annexes et les comptes-rendus d’audition. [ Rapport intégral accès direct: http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-enq/r3507.asp ]
À de nombreuses reprises il y est question des psychothérapies et des psychothérapeutes. Notamment de la page 169 à la page 179 du rapport, dans le chapitre: «D’une absence de contrôle des activités des psychothérapeutes».
Il faut aussi lire les auditions de MM. Rouquet (Psychothérapie-Vigilance), Basset (DGS) et Brunelle (Conseiller du Ministre de la Santé), et Houssin (Directeur Général de la Santé). On pourra aussi lire l’audition haute en couleurs de M. le Professeur Marcel Rufo.
Il y a beaucoup à relever et à commenter.
Intéressons-nous d’abord au rapport lui-même.
Et en premier, il faut répondre à la question: qu’est-ce qui justifie l’examen de la question de la psychothérapie dans un tel rapport? Voici la réponse du rapport:
Nous avons exposé, dans plusieurs articles[1], que ce qu’il est convenu d’appeler « l’amendement Accoyer », devenu l’article 52 de la loi du 9 août 2004, étant strictement contradictoire dans ses termes, toute tentative qui consisterait à écrire un texte d’application de cet article était inexorablement vouée à l’échec. Philippe DOUSTE-BLAZY en avait logiquement tiré la conclusion qu’il ne publierait pas de décret à partir de ce texte.
Son successeur au ministère de la Santé, Xavier BERTRAND, semble, lui, s’en tenir à cet axiome simple : une loi a été votée, elle prévoit un décret, il faut donc le faire, et nous le ferons.
Le parlementaire que je suis est habitué à attendre très longuement – beaucoup trop longuement ! – la publication des décrets. Il devrait donc logiquement se réjouir de cette volonté du ministre de publier un décret, tant est inacceptable le pouvoir exorbitant que s’arrogent trop de ministres de décider… de ne pas appliquer une loi pourtant votée par le Parlement en s’abstenant purement et simplement de publier les décrets : c’est, hélas, très fréquent.
Mais dans ce cas précis, le raisonnement ne tient pas, ne vaut pas, pour la simple raison que le texte de la loi est contradictoire.
En attendant le décret d'application de l'article 52
par Pierre Sidon
La question des psychothérapies concerne les psychiatres au plus haut point. Une partie de la profession a même soutenu, il y a quelques années, la fameuse "psychothérapie du psychiatre". Celle-ci a conditionné les lignes de frontière au début de l'affaire Accoyer. Mais ces lignes ont bougé, les psychiatres ayant aperçu qu'ils étaient... en première ligne justement. A s'obnubiler sur la psychothérapie, il nous semble que les psychiatres ont pu manquer l'essentiel de la partie qui se jouait sous leurs yeux. Il nous semble même que cette réduction a pu fragiliser la profession. N'y a-t-il pas eu en effet confusion entre psychothérapie du psychiatre et pratique psychiatrique ? N'y a-t-il pas eu idéalisation de la pratique, de la parole, laissant de côté plusieurs enjeux pourtant traditionnels du psychiatre ? Je veux parler du pharmakon mais aussi de la question de l'ordre public. Il y a certes, par la parole, un Acte possible, et qui touche même au Réel. Mais comment éviter l'idéalisation y inhérente ? Si Lacan appelait de ses vœux un discours sans paroles, c'est pour y parer. Par discours, il entendait une modalité particulière du lien social. Que le Discours analytique fut sans paroles, voilà un witz ! Il ne s'agit pas ici, quels qu'en soient les échos reçus à l'occasion de la pratique, que la psychanalyse se déroule dans le silence. Mais bien qu'en dépit du paradoxe, une pratique fondée sur l'échange de paroles puisse toucher au Réel. Ce Réel que Lacan définit à l'occasion comme l'impossible à supporter, comme la clinique même, et qu'il oppose aux registres du symbolique et à l'imaginaire, trois registres qui, dans la parole se bornent et s'intriquent mutuellement. Si la pratique des psychiatres est encore, indiscutablement, une pratique clinique, c'est-à-dire qui touche au Réel, c’est précisément parce qu’elle est née d’un savoir sur les limites de la parole, voire même de la parole comme limite. Pour cela, elle maintient, tant bien que mal, des pratiques qui n’en relèvent pas : pratiques de contrainte, d’interdiction, de sédation.
C’est aussi une des raisons pour lesquelles la SARP, constituée dans la suite de l’amendement Accoyer, a toujours défendu l’idée d’une autonomie de la psychothérapie, de ses instituts, de ses praticiens, autonomie qui, par ailleurs, nous semblait juste et n’empêchait aucune intersection avec la psychiatrie.
Actualités de la mobilisation étudiante contre le décret de l'article 52
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Bonjour à tous,
Les étudiants de psychologie de différentes universités ont transmis ensemble au ministère les pétitions qui ont circulé (notamment Nantes, Rennes et Toulouse ; Paris 7).
Concernant le décret proprement dit, cette seconde réunion de concertation à la Direction Générale de la Santé n'a rien apporté de nouveau, Bernard Basset se contentant de dire qu'il transmettrait les remarques et les critiques au Ministre qui trancherait.
Toujours pas d'entente entre le ministère de la Santé et les praticiens.
par Eric FAVEREAU QUOTIDIEN : mercredi 22 février 2006
Et ils sont revenus, hier, au ministère de la Santé, tous membres d'une association de psychanalystes, de psychiatres, de psychologues ou de psychothérapeutes. Ils y ont passé la matinée pour une dernière réunion dite de concertation avec un responsable de la direction générale de la santé. Objectif : faire le point sur la rédaction des décrets très attendus de la loi, votée en 2005, qui entendait réglementer l'usage du titre de psychothérapeute.
Déception. A la différence de la première rencontre qui s'était tenue le 10 janvier, la plupart des membres de la planète psy sont ressortis cette fois-là, sinon furieux, du moins déçus. Un universitaire : «On se moque de nous.» Un psychothérapeute : «Je n'y comprends plus rien.» Un analyste freudien : «On nous propose le système soviétique.» Seul le responsable du ministère s'est montré optimiste : «Nous avons bien discuté, maintenant le dossier est dans les mains du ministre.»
Quand Lacan défendait la révolution freudienne contre les idoles de l'insurrection
Par Elisabeth Roudinesco
Tous ceux qui aujourd'hui se plaisent à dénigrer sous le nom de "Pensée 68" un moment essentiel de l'histoire française de la philosophie - de Michel Foucault à Jacques Derrida en passant par Louis Althusser - seront embarrassés par la lecture de ce séminaire de Jacques Lacan, prononcé durant l'année 1968-69, et qui allie l'art de la provocation à une apologie plutôt conservatrice de la rationalité libérale.
Les TCC ne sont pas des psychothérapies
Source : site Oedipe.org
Pr Roland Gori, Professeur de psychopathologie à l’Université d ‘Aix-Marseille
Pr C. Hoffmann, Professeur de psychopathologie à l’Université de Poitiers
Pr Alain Vanier, Professeur de psychopathologie à l’Université de Paris 7, psychiatre
Dans le contexte actuel du livre noir de la psychanalyse et du rapport INSERM,
il nous semble indispensable de clarifier la place des TCC (les thérapies
comportementales et cognitives) par rapport au débat sur les psychothérapies et
les psychothérapeutes. Les TCC se présentent comme une technique de
réhabilitation des comportements ajustés à un milieu socio-technique. De ce
fait, elles ne peuvent pas prétendre au même statut que les psychothérapies et elles
se rapprochent davantage de la rééducation , notamment, de celle de patients
cérébraux-lésés.
L’Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive (AFTCC)
présente les thérapies comportementales et cognitives comme " un nouvel
apprentissage " qui viendrait rectifier un comportement pathologique, je
cite, elles " (…)ont en commun un support théorique : la démarche
scientifique expérimentale et les théories de l’apprentissage. En situation
clinique, un comportementaliste considère qu’un comportement inadapté (par
exemple une phobie) a été appris dans certaines situations, puis maintenu par
les contingences de l’environnement. La thérapie cherchera donc, par un nouvel
apprentissage, à remplacer le comportement inadapté par celui que souhaite le
patient. Le thérapeute définit, avec le patient, les buts à atteindre et
favorise ce nouvel apprentissage en construisant une stratégie adaptée " .
Les TCC fondent leur autorité sur l’évaluation qui montrerait une efficacité
supérieure à tout autre traitement chimique, psychothérapeutique ou
psychanalytique. Ce résultat serait vérifié par des études " contrôlées
" qui confirmeraient cette réussite en particulier pour les phobies, les
troubles anxieux, compulsifs et sexuels, sans oublier " la réhabilitation
" des patients psychotiques chroniques.
Ces thérapies orientent leur action selon trois points : selon les causes
actuelles du comportement, selon le changement durable qui est le critère
majeur de leur évaluation, et selon la reproductibilité des traitements par
n’importe quel thérapeute auprès de n’importe quel patient pourvu qu’il
manifeste le trouble identifiable de façon objective.
« Les nouvelles addictions », Champs Flammarion, Édition revue
2004.
par les Docteurs Marc Valleur (psychiatre, médecin chef de
l’hôpital Marmottan et
Jean-Claude Matysiak (chef de service de la consultation
d’addictologie du
centre hospitalier de Villeneuve-Saint-Georges)
Quel signifiant lie un mangeur compulsif de
cacahuètes, un gamin fou de sa console, Emma Bovary, Don Juan ? C’est
l’addiction. Tous sont des addicts. On commence par manger des cacahuètes et on
ne peut plus s’arrêter, une autre fois c’est l’amour et on devient love addict
(voir l’œuvre essentielle de Susan Peabody Addiction to Love: Overcoming
Obsession and Dependency in Relationships, publié par Ten Speed Press,
Berkeley, CA.)
Traitements spéciaux par François Sauvagnat Abstract
: Nous montrons que les "traitements spéciaux" (techniques aversives,
exposition, extinction) ne sont aucunement justifiées dans le
traitement des patients adultes, tant du point de vue de l'efficacité
que du point de vue éthique; nous rappelons que leur diffusion est très
largement dûe à des circonstances culturelles (prévalence de certaines
formes de puritanisme et de prédestinationnisme proscrivant la
dialectique intersubjective et l'usage des confidences; popularisation
de certaines pratiques militaires). Nous montrons par ailleurs que la
large popularité dont a joui la méthode ABA, technique comportementale
de dressage des enfants autistes, jusque dans une recommandation de la
Commission Européenne et dans le rapport de l'Inserm sur les
psychothérapies (Paris, mars 2004) ne repose nullement sur des
résultats prouvés qui puissent "racheter" en quoi que ce soit la
brutalité de ses méthodes. Depuis qu'elle a été rejetée par la Cour
Suprême du Canada, cette méthode est de plus en plus critiquée en
Amérique du Nord ; il serait souhaitable que les choses soient
clarifiées églament en Europe occidentale, et que les études montrant
la bonne efficacité des techniques psychanalytiques dans des conditions
éthiques correctes soient enfin prises en considération.
C'est au Québec, c'est nul et obligatoire, et c'est le traitement par Ladouceur... Lettre d'Alain Dubois à Sophie Bialek
J'ai
pris connaissance de votre texte « Du Québec : défloquer la psychiatrie
française de sa psychanalyse ». Comme vous le savez probablement, moi
et la plupart des intervenants indépendants (non relié à l'industrie ou
à l'État tenancier) en matière de jeu pathologique ne donnons aucune
crédibilité aux travaux de Robert Ladouceur…
L'intérêt financier n'est ni mesurable ni évaluable ! Ou : quand Ladouceur sent sa douleur
1. La réponse du Pr. Ladouceur (Source : site de l'AFFORTHECC)
" En l'absence d'arguments scientifiques, on tente de salir la crédibilité des chercheurs québécois….
Madame Sophie Bialek, sur le site du Forum des Psys (SARP : http://forumdespsychiatres.org/index.php) a reproduit la lettre que quatre thérapeutes québécois (J.-M. Boisvert, R. Ladouceur, M. Beaudry et Y. Lamontagne) reconnus dans le domaine des TCC ont récemment envoyée au Premier Ministre et au Ministre de la Santé de France. Essentiellement, cette lettre signifiait notre indignation à l'égard du geste du Ministre de la Santé de retirer l'accès du rapport de l'INSERM portant sur l'évaluation des psychothérapies. Dans son court préambule, Madame Bialek sort sa sarbacane et tente de salir la crédibilité des travaux scientifiques publiés par le Professeur Ladouceur au sujet des jeux de hasard et d'argent.
Du Québec : défloquer la psychiatrie française de sa psychanalyse par Sophie Bialek
Trouvé ce jour sur le site de l'Afforthecc (Cottraux) cette missive
québécoise. Elle est datée du 2 mars, mais elle ne figure sur le site
que depuis ce jour (je consulte quotidiennement). Le seul nom qui me
soit connu est celui de l'excellent Ladouceur. En bref, Ladouceur est
une star des TCC dans la Belle Province, notamment dans le domaine du
traitement des joueurs pathologiques. À ce titre, il est sponsorisé
depuis des années par Loto Québec (équivalent de notre Française des jeux).
Un certain nombre d'associations se sont constituées au Québec afin de
dénoncer, outre cette anomalie, la politique gouvernementale en matière
d'installation de machines à sous (appareils de vidéopoker), politique
qui s'est soldée par une augmentation du nombre de joueurs
pathologiques (et symptômes afférents : TS, désinsertion sociale,
etc.), augmentation que les statistiques officielles concoctées par
Ladouceur s'emploient à minimiser.
Pour en finir avec l'Utopie évaluatrice par Luc Miller
« "Quant aux thérapies psychanalytiques, elles ont été évaluées de façon très incomplète, sur la base de données difficilement interprétables", tempère ce pédopsychiatre hospitalier, directeur du laboratoire "Innovation méthodologique en santé mentale" de l'université Paris-XI. » Ces lignes sont extraites de la page « Psychologie » du Monde daté du 9 mars. Elles rapportent les propos du biostatisticien membre de l'équipe d'expertise collective de l'Inserm qui a rédigé Psychothérapie, trois approches évaluées. Ces propos manquent cruellement de perspective. Sont-elles vraiment tempérantes, ces paroles d'une autorité étonnamment ouverte et peu autoritaire ? Elles ne sont lénifiantes que pour le lecteur qui n'est pas averti de la culture évaluatrice.
L'article de Catherine Vincent dans Le Monde daté du 9.03.05 (Psychothérapies, le défi de l'évaluation) donne la parole à plusieurs psychiatres qui entendent faire évaluer la psychanalyse à leur manière. Le Monde
ne se demande pas quelle légitimité ceux-ci ont à le faire, non
seulement du fait de leur qualité mais, qui plus est, alors même qu'ils
viennent de participer, pour deux d'entre eux, àl'expertise de l'Inserm sur les psychothérapies.
Pourquoi une expertise collective de l'INSERM sur les psychothérapies ? Ou : les Contes d'une psychiatrie ordinaire.
Pierre Sidon
Une enquête sur le traitement des « troubles » panique et phobique, parue en 1989 dans l’American Journal of Psychiatry, révèle que seuls 15 à 38% des patients reçoivent des Thérapies Fondées sur les Preuves (Evidence Based Therapies), autrement dit, des TCC (Thérapies Cognitivo-Comportementales)[1]. Les auteurs ont reconduit l’enquête cinq ans plus tard pour constater que ce chiffre a même baissé et que les psychothérapies « psychodynamiques » restent toujours l’approche psychothérapique la plus largement utilisée[2]. Ce phénomène est d’autant plus incompréhensible pour les auteurs, que « ces traitements font toujours plus la preuve de leur efficacité au travers d’un corpus croissant d’études contrôlées », preuve « dont les psychothérapies psychodynamiques ne disposent pas ». « Le problème est que se creuse le fossé entre ces traitements qui apparaissent efficaces dans la recherche, et les traitements utilisés dans la vraie vie »[3]. Les auteurs en déduisent la nécessité d’introduire des Recommandations pour la Pratique Clinique, dont « nombre d’études ont prouvé qu’elles peuvent augmenter l’utilisation des pratiques validées par des preuves » (sic)[4]…
En France, une enquête de la Lettre de psychiatrie française, publiée en février 2004, constate similairement que seuls 15% des psychiatres interrogés déclarent pratiquer les TCC. En revanche, « les psychothérapies psychanalytiques sont une référence pour 70,02 % parmi lesquels 83,75 % sont exclusifs, ne se référant ni au cognitif ou comportemental, ni aux autres psychothérapies. »[5] Pourtant, des Recommandations pour la Pratique Clinique existent déjà en France depuis quelques années[6], peu favorables au courant psychanalytique. Bien que réalisées sous le contrôle et avec la garantie de l’ANAES[7], elles ne respectent pas sa méthodologie[8] et font apparaître une représentation quasi-exclusive des seuls courants cognitivo-comportementaliste et biologique de la profession[9]. Malgré cette précaution, il apparaît que les praticiens français, n’obéissent toujours pas à l’« Evidence ».
Le temps d’après a donc lieu fin 2003, début 2004. Par un système coercitif produit de l’amendement Accoyer, du rapport Cléry-Melin, et du rapport de l’Inserm sur les psychothérapies, on a voulu mieux faire comprendre aux praticiens français où était leur bien et celui de leurs patients. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir, depuis dix ans, déployé force moyens de séduction à travers nombre de publications, livres, revues grand public et apparitions dans les medias…
Professeur de Psychiatrie, Chef de service La lecture du rapport INSERM sur les psychothérapies laisse une impression de malaise ; une sorte de répulsion. Le traitement de l'information et les déviants : Ce rapport, véritable plébiscite en faveur de thérapies cognitivo-comportementalistes (TCC), évoque irrésistiblement l’Institut Serbsky. C'est l'Institut Serbsky revisité pour tous.
Cet institut psychiatrique, de Moscou, s’est rendu tristement célèbre avec le cas Grigorenko ˜ figure politique qui s’était opposé à Staline au sujet des massacres perpétrés en Crimée et qui ne fut pas envoyé en prison mais à l’Institut Serbsky où on diagnostiqua « un trouble du développement de la personnalité avec la présence d’idées réformistes ».
La Société Française de Psychiatrie de l'Enfant et de l'Adolescent et
Disciplines Associées - membre de l'Association Internationale de
Psychiatrie de l'Enfant et de l'Adolescent et Disciplines Associées et
de l'Association Européenne de Psychiatrie de l'Enfant et de
l'Adolescent.- qui rassemble notamment l'ensemble des universitaires de
la discipline ainsi qu'un grand nombre de praticiens du secteur public
comme du secteur privé, a pris connaissance du document « Troubles
mentaux. Dépistage et prévention chez de l'enfant et de l'adolescent. »
récemment publié par l'Inserm. Nous prenons acte de l'intérêt
ainsi manifesté par l'Inserm à l'égard de notre discipline. Nous
reconnaissons que cet ouvrage réunit une somme importante de données de
la recherche sur le développement de l'enfant et sur les facteurs
neurobiologiques susceptibles de favoriser certains troubles mentaux de
l'enfant et de l'adolescent.
Cependant ce texte a suscité dans notre Société un certain nombre de remarques que nous croyons devoir vous faire connaître.
Nous sommes tout d'abord surpris des projections faites sur la
situation française à partir de méta-analyses de données
épidémiologiques recueillies dans d'autres pays. Ces extrapolations ont
été reprises sans nuances dans la grande presse, et, de plus, souvent
présentées comme les résultats d'une « étude de l'INSERM », sans qu'il
y ait eu, à notre connaissance, de démenti ou de mise en garde. Il
serait indispensable que des recherches épidémiologiques soient faites
pour vérifier le bien-fondé de ces affirmations : les équipes de
pédopsychiatrie française sont prêtes à y participer.
Par ailleurs – et nous le regrettons profondément - nous nous étonnons de
- son aspect partiel – excluant une partie importante du domaine
clinique qui nous concerne pour ne retenir que « les troubles semblant
les mieux définis dans la littérature » - - et partial
privilégiant systématiquement les modèles explicatifs neurobiologiques
et cognitifs, sans que soient pris en considération les travaux
cliniques et psychopathologiques qui ont montré l'importance des
dimensions intersubjectives et relationnelles dans un grand nombre de
troubles psychiques de l'enfant.
Nous savons que
l'orientation exclusive donnée à ce travail a amené trois des
pédopsychiatres qui faisaient initialement partie du groupe d'experts à
s'en retirer, ce qui montre que cet ouvrage ne représente en aucune
façon un consensus mais une des approches de la pathologie mentale de
l'enfant. Il aurait été honnête d'informer le lecteur sur ce point.
Compte tenu de ces remarques il nous paraît abusif de faire passer ce
document pour « un état des connaissances et des pratiques de notre
discipline en France. Il nous paraît indispensable d'éclairer
l'ensemble des acteurs du domaine – médecins, psychologues,
paramédicaux, etc .. – ainsi que les organismes décideurs à ce sujet.
Nous émettons de sérieuses réserves sur la présentation faite dans cet
ouvrage de la pathologie mentale de l'enfant et sur les recommandations
qui en découlent.
Nous souhaiterions vous rencontrer afin
de vous éclairer sur la réalité de la situation de la Psychiatrie de
l'enfant et de l'adolescent dans notre pays et discuter des mesures
susceptibles de favoriser le développement de la recherche dans notre
domaine, question que nous considérons d'importance primordiale.
Recevez l'expression de nos meilleurs sentiments
Pour le Conseil d'Administration, le Président : A.Plantade le Secrétaire Général : C.Bursztejn Société Française de Psychiatrie de l'Enfant et de l'Adolescent et Disciplines Associées Hôpital de la Salpétrière – 47, bd de l'Hôpital, 75651 Paris Cedex 13
Au sujet de la synthèse du rapport « Psychothérapie, trois approches
évaluées (1) » de l'Institut national de la santé et de la recherche
médicale.
L'Avant-propos nous donne le « la ». Les psychothérapies sont incluses
pour les auteurs dans la discipline médicale. Elles existent dans le
cadre du « soin », s'adressent à des « troubles mentaux » et, exercées
en institution par des « infirmiers, psychologues… » (notons l'ordre),
sont placées « souvent » sous la responsabilité d'un psychiatre («
Avant-propos », p. 5). Voilà un «
la » bien dissonant avec notre réalité quotidienne. La raison en
est-elle simple, les études utilisées décrivant essentiellement la
réalité américaine ?
L'Association française des TCC a un site Internet. Si l'on s'y rend, on tombe sur un certain nombre de communiqués de presse émanant de l'association. Il est précisé que son attachée de presse appartient à l'agence PR International. Qu'est-ce donc que PR International ? Là aussi, allons sur le site Internet. Il nous apprend qu'il s'agit d'une agence de public relations « ayant une grande expérience de l'organisation d'événements ; de table ronde d'experts à la gestion de réunions complexes ». Elle excelle dans les « réunions d'initiative parlementaire ». Elle a aussi une « bonne connaissance des leaders d'opinion du monde de la santé ».
SUR LE RAPPORT DE L'INSERM Le rapport sur l'évaluation des psychothérapies de l'Inserm vise à orienter le public et la décision des responsables de la santé publique. D'emblée, une sélection y est opérée qui réduit ces psychothérapies à trois courants principaux. Sont exclus les traitements qui ne privilégient pas « l'amélioration des syndromes cliniques » et qui ainsi, « s'excluent donc du débat portant sur l'efficacité clinique des traitements » (page 4). Par exemple, il est automatiquement exclu de se soucier de l'éthique du traitement, de la conception de l'homme ou de la société qu'il implique. Les risques individuels et sociaux de son application. Mais le souci d'efficacité dissimule en réalité une redéfinition complète de la psychothérapie. En effet, selon le rapport, les psychothérapies ne peuvent qu'accompagner une médication ou la remplacer. La psychothérapie doit ex-sister à la chimiothérapie qui lui fournit sa place, les échelles d'évaluation sont celles du médicament et du comportement. Ainsi on comprend mieux que la méthodologie invoquée dans ce rapport soit celle même des études pharmacologiques, la rigueur en moins. Examinons l'atout maître : la méta-analyse.
Professeur de psychiatrie, médecin-chef à Lyon.
Depuis sa naissance comme discipline médicale autonome par scission
d'avec la neurologie, dans les suites de mai 1968, la psychiatrie a
toujours cherché sa légitimité à se rapprocher des autres disciplines
médicales. Elle a cherché à s'assurer de son fondement dans la vérité
de son objet : l'âme ou l'esprit, à moins que ce ne soit la folie.
La récente mise au point de M. Thurin sur l'expertise de l'INSERMà laquelle il a participé (4 mars 2004, http://www.techniques-psychotherapiques.org), ne diffère en rien de ses précédents textes du 26 février.
En
ce début du mois de mars 2004, en silence, le monde d'Orwell s'est
infiltré dans notre vie intellectuelle. Cela s'est fait de façon
libérale : il s'est glissé au cœur de la clinique sur un mode non
autoritaire, non contraignant, sans chasse idéologique aux sorcières.
Orwell a pris la tenue grise, sérieuse et statisticienne de
l'évaluateur. L'évaluateur, lui, a décidé de parler au nom de la
science et de ses preuves. Il le fait lentement, posément, sachant que
la preuve, dans un monde de raison, atteint toujours sa voie. Inutile
de crier, de s'opposer, de tempêter. Allez, dit-il bonhomme, c'est la
science ! Allez, votre mauvaise humeur passée, vous verrez bien. Les
preuves irréfutables vont vous éclairer. Mais éclairer qui et sur quoi
?
Professeur de psychopathologie à l'Université de Rennes
Un rapport vaut avant tout par ses conclusions. Or, celles-ci se
présentent actuellement sous trois formes : d'une part, celle du
rapport de synthèse, et d'autre part deux lettres, l'une émanant de
J.-M. Thurin, président de la Fédération française de psychiatrie,
l'autre de J Swendsen, enseignant à l'université de Bordeaux.
La
psychiatrie universitaire d'aujourd'hui se présente comme scientifique.
Les travaux de J. Cottraux et M. Bouvard montrent qu'elle consiste en
une pratique du questionnaire aux fins d'évaluation. [1] Méthode
d'évaluation et principes philosophiques permettent de saisir qu'il
s'agit en réalité d'une fausse science.
Interview par l'Agence lacanienne de presse de Carole Dewambrechies-La Sagna, responsable de l'organisation des Forums des psys. 26/01/04
Citation : "On
va assister dans les mois qui viennent, à une concurrence accrue entre
les assurances complémentaires, qui vont multiplier les offres
attractives pour attirer à elles cette nouvelle clientèle, les usagers
en recherche de couverture de santé. Or, la popularité de la
psychothérapie s'étend à tous les milieux de la population, et à tous
les âges. Eh bien, on peut prévoir que ce sera un argument marketing
majeur de la bataille des complémentaires. Nous lirons bientôt : «
Venez à notre mutuelle, car nous, nous remboursons les séances de
psychothérapie (si elles ont lieu dans le cadre défini par la loi
Mattéi)"
Le
lundi 19 janvier 2004, à la tombée du jour au Palais du Luxembourg où
siège le Sénat de la République, la copie de Bernard Accoyer, médecin
et député français, a été corrigée par les Professeurs Giraud et
Mattéi. La Faculté a parlé, l'ordre peut revenir comme une ordonnance
doit être exécutée. Homme de goûts affichés, d'écriture et de mœurs
douces, l'antique élève du docteur Lacan, le psychanalyste J.B.
Pontalis, déclare à la radio qu'il n'est pas inquiet : much ado… Cette
loi est « inapplicable ». Pontalis est rassuré. Nous, pas du tout.
Comment
la "reconnaissance" de la psychanalyse, dans l'amendement Mattéi, dont
se félicite le Groupe Contact*, signifie au contraire l'expropriation
immédiate des psychiatres psychothérapeutes. Jacques-Alain Miller écrit dans "La guerre des Palotins n°10" :
"
M. Mattéi a d'abord entrepris de ficher les professionnels de santé ;
puis, de faire entrer dans ce cadre les psychologues et les
psychothérapeutes. Demain, ce sera le tour des psychanalystes ; et, de
proche en proche, ce sera tout le monde. "
Or, selon ce qu'indiquait Norbert Hacquard, expert en
la matière, il suffit qu'une profession soit mentionnée dans un article
de loi du Code de Santé Publique pour qu'elle devienne profession de
santé. Dans ces conditions, rien
ne s'oppose à ce que l'expropriation des psychanalystes, qu'évoque,
Jacques-Alain Miller commence immédiatement :
Paris,
le 3 mars (ALP) — La conférence de presse, présentant l'expertise
collective de l'Inserm sur les psychothérapies sous le titre «
Psychothérapies : trois approches évaluées », s'est déroulée le jeudi
26 février, de 11 h à environ 13 h, dans les locaux de l'Inserm. J'ai
pu assister à cet événement et y intervenir.