Voilà la réponse à la difficulté de la psychiatrie de prévenir ou même seulement de prévoir le passage à l’acte. Il ne s'agit plus, ici, de psychiatriser la société, ni même de pénaliser la maladie mentale mais simplement de généraliser la prison pour le bien de tous puisqu’on ne sait rien plus faire d'autre : est-ce seulement une idéologie sécuritaire ou de la pure bêtise ? Et voilà des prisons aux modalités différenciées selon les âges et les « conduites » : surveillance, obligation de soins, traitement préventif, curatif, castration chimique, enfermement en centre fermé de protection sociale, maison d’arrêt, prison, QHS… enfermement dehors dans la rue aussi bien. Mais à la différence du Grand enfermement, ne sont enfermés au-dedans que ceux qui ont déjà commis le crime. A lire simplement l'intitulé des nouveaux centres que propose le rapport Garraud, on voit bien la sorte d'inversion de la visée : ce que l'on protège dans le "centre fermé de protection sociale" v.s ce que l'on protégeait dans les anciennes mesures d'hospitalisation : puisqu'on ne sait plus mesurer la virtualité du passage à l'acte, attendons-le, laissons-le advenir, voire hâtons sa réalisation, puis empêchons radicalement la récidive. Et comme le pousse à la jouissance contemporain, auquel participe l'idéologie de "la dépression" précipite les patients, de plus en plus nombreux, à travers le cerceau de leur fantasme, obtient-on en fait une criminalisation de la maladie mentale comme le disent, plus justement, les anglo-saxons.
Pierre Sidon
Lire l'article du Quotidien du médecin ci-dessous :
La Grande-Bretagne se transforme en une "société sous surveillance"
LE MONDE | 03.11.06 | 14h56 • Mis à jour le 03.11.06 | 14h57
LONDRES CORRESPONDANT
Les écrivains anglais George Orwell et Aldous Huxley, pourfendeurs des dangers que la technologie fait courir aux libertés, ont-ils été prophètes en leur pays ? On pourrait le croire, à lire le rapport publié, jeudi 2 novembre, par la commission britannique pour l'information. Selon cet organisme, mis en place par le gouvernement, mais indépendant, la Grande-Bretagne est en train de devenir une "société sous surveillance".
On ne peut qu'applaudir en constatant qu'il s'agit ici de critiquer la politique de N. Sarkozy, fondée, nous dit-on sur "une culture du chiffre et des stastitiques" et sur une "fausse prévention" au nom des vertus du dispositif canadien axé sur des "méthodes de prévention très précises" et une "précocité d'action" le tout agrémenté d'une "méthode d'évaluation très régulière des résultats".
Il est donc utile de rappeler que ceci correspond très exactement à l'orientation génétiste et scientiste soutenue par le rapport de l'Inserm sur "le troubles des conduites de l'enfant". "Précocité d'action", veut donc dire ici "dépistage" de la délinquance dans les écoles maternelles dès l'âge de trois ans et mise en place de méthodes dites de "prévention universelle" d'inspiration cognitivo-comportementaliste, calquée sur le modèle animal. Le tout est en effet destiné à être soumis à une méthode d'évaluation quantative dont il faudrait nous expliquer très précisément en quoi elle se distinguerait de "la culture du chiffre et des statistiques" qu'on dénonce par ailleurs.
La politique qu'on vante ici comme "inédite" se fonde en réalité sur la négation pure et simple du travail effectué quotidiennement depuis de nombreuses années dans les structures existantes, par les travailleurs sociaux, les psy, (intersecteurs de pédopsychiatrie, CMPP,...), les dispositifs de PMI. Et ce, après que les gouvernements de droite comme de gauche se soient employés à en restreindre toujours davantage les moyens.
Une telle politique a effectivement été initiée par le gouvernement Jospin, M. Sarkozy n'ayant fait qu'en prendre la suite. L'inconvénient est qu'elle aura fini par mobiliser contre elle 200 000 pétitionnaires, dont l'action est du reste significativement ignorée dans le propos de Mme Batho. On ne voit donc pas très bien dans tout ce que nous expose Mme Batho, et prochainement sans doute Jean Marie Le Guen, ce qui pourrait donner matière à recueillir leurs suffrages.
Observations du CNOM sur le projet de loi relatif à la prévention de la délinquance
En préambule, il convient de souligner que l’étude est volontairement limitée aux articles qui intéressent la déontologie des médecins, leur exercice et les droits des patients.
Historique : la CNIL dit NON à l'évaluation Lu sur le site www.oedipe.org, une info CRUCIALE de l'excellent François-R. Dupond Muzart
La CNIL n'accepte pas que des fichiers d'usagers de services sociaux
soient utilisés pour suivre l'activité des personnels de ces services.
Ceci semble transposable a fortiori aux traitements de données et
évaluations des professionnels que d'aucuns disent relatifs à la "santé
mentale". À bons entendeurs scientistes, le droit public français dit
"salut" ! http://www.cnil.fr/index.php?id=1784&news[uid]=244 Texte intégral ci-dessous.