Jean-Jacques Lottin, Convention CGC Santé- juin 2008
La gestion par le stress : une arme anti-humaniste de la
pensée-Medef pour casser la solidarité et provoquer la fin de tout lien
social au travail : on évalue même les ministres…
La pratique de l’évaluation de tout travail ou projet humain à
dimension collective ou publique bénéficiant d’apports financiers a
toujours constitué un pré requis éthique non discutable, ainsi que
MACHIAVEL (Le Prince- 1517) l’avait affirmé : évaluer, est ontologique.
Un devoir admis au nom de la responsabilité solidaire de l’action.
Parce que si nous n’avons pas de comptes à rendre, nous devons rendre
compte de ce pour quoi nous sommes payés, sans état d’âme particulier.
Et notamment en vue d’améliorer la qualité de notre production, qui
devrait être le vrai sens de la « démarche qualité ». Mais aujourd’hui,
nous assistons à la mort de cette pratique face au changement radical
du paradigme évaluatif, qui a quitté la sphère de l’action collective,
pour attaquer celle du travail humain individuel, solitaire, au nom de
cette idéologie anti humaine de l’AUTONOMIE, et par extension, en
remplaçant sciemment les concepts sociologiques d’attitude, pratique,
conduite, par celui de comportement, mot valise dangereux d’une
certaine psychologie positiviste qui aime à puiser ses référents dans
la biologie et le néo-pavlovisme.
L'évaluation, c'est bon pour le peuple, pas pour les "hommes d'action"
La revue La vie des idées, pubication attachée aux éditions La république des idées de
Pierre Rosanvallon, consacre un dossier sur les "indicateurs". Si un premier article
remet en cause une certaine "illusion" du contrôle par l'Evaluation, ce n'est certes
pas pour abandonner ce contrôle, cher à Pierre Rosanvallon. On se
reportera à ce sujet au Communiqué n°47 de l'Agence Lacanienne de Presse
que nous reproduisons ci-dessous. On verra qu'il s'agit bien au
contraire de toujours mieux contrôler les populations, mesurer, évaluer,
"optimiser" le corps social.
Mais lorsqu'il s'agit de l'évaluation des Ministres, dans le second article, Anne Pezet
&
Samuel Sponem se montrent plus réservés : "En fait, les
indicateurs sont des instruments de gestion très utiles à condition de
ne pas y accorder trop d’importance, pour préserver un jugement
discrétionnaire (qui est l’essence de l’homme d’action, bien plus que
ne le sont les indicateurs) et surtout de les manier avec précaution.
Si vous ne connaissez pas votre métier, ils ne vous rendront pas
meilleurs. Ils peuvent dans certains cas aider à y voir plus clair dans
une situation confuse, ils peuvent aussi vous aider à comprendre de vos
erreurs, mais ils ne ferment jamais tout à fait les débats sur la
performance. Ils peuvent surtout être utilisés pour faire avancer, non
pas la vérité mais ses propres intérêts. Les chercheurs en gestion les
présentent ainsi parfois comme des outils de légitimation ou des
« machines de guerre ». Leurs fonctions sont alors très différentes de
la recherche de l’objectivité qu’ils sont censés permettre… Un mauvais
indicateur ou un mauvais chiffre sert ainsi bien d’autres fins que
l’efficacité."
L'Evaluation, “une machine de guerre" ? Quelle idée ?! Selon que vous
serez puissant ou misérable, l'Evaluation sera blanche ou
noire.On croît toutefois reconnaître là la sorte de dialectique naïvement développée par le futur président de la République lors de son incroyable entretien avece le philosophe Miche Onfray quelques semaines avant son élection : "Je crois en la transgression, affirmait Nicolas Sarkozy. Mais ce qui me différencie des
libertaires, c'est que pour transgresser il faut qu'il y ait des
règles ! Il faut qu'il y ait de l'autorité, des lois. L'intérêt de la
règle, de la limite, de la norme, c'est justement qu'elles permettent
la transgression. Sans règles, pas de transgression. Donc pas de
liberté. Car la liberté, c'est de transgresser." Aux untermensch donc les règles et la transparence ; transgression et opacité pour les autres. n'est-ce pas là le panoptique de Bentham en cours d'achèvement ? Le remède ? "Les chauve-souris craignent la lumière, qu’aiment les amis des libertés", concluait Jacques-Alain Miller en mars 2005.
P. Sidon
_________________________________________
Les indicateurs de performance
peuvent-ils s’appliquer à l’action publique, aux fonctionnaires et aux
ministres ? Deux études soulignent les inconvénients que présentent les
primes à la performance dans le secteur privé, auxquelles s’ajoutent
des difficultés spécifiques au secteur public.
Incitations et désincitations : les effets pervers des indicateurs
par Maya Beauvallet, le 22 février 2008
La demande politique d’une plus grande clarté dans l’administration des
fonds publics et l’exigence d’efficacité à l’égard des fonctionnaires a
nécessité la mise en place d’un suivi des performances de ces
administrations. Néanmoins, aux inconvénients des primes à la
performance déjà connus dans les secteurs privés, s’ajoutent des
difficultés spécifiques à leur utilisation dans les secteurs publics. Lire la suite...
Des indicateurs pour les Ministres au risque de l’illusion du contrôle
par Anne Pezet et Samuel Sponem, le 22 février 2008
Deux professeurs et chercheurs en management, Anne Pezet et Samuel
Sponem, mettent l’accent sur la prudence avec laquelle il convient
d’utiliser les indicateurs de performance, singulièrement quand,
suivant le mouvement de « managérialisation » de la société, on entend
les appliquer au monde de l’action publique. Lire la suite...
Dans ce contexte critique, on relira avec intérêt le communiqué n°47 de l'Agence de Presse Lacanienne daté du 20 mars 2007 :
COMMUNIQUÉ DE JACQUES-ALAIN MILLER - 21 mars 2005
J’ai été reçu ce matin rue de Solférino, de 11h à 11h55,
par François Hollande. L’invitation à le rencontrer m’était parvenue
par l’intermédiaire du Sénateur Jean-Pierre Sueur, qui participait à
l’entrevue. J’avais demandé à Agnès Aflalo et à Gérard Miller de
m’accompagner.
Je ne dirai rien des propos de François Hollande, sinon
qu’il a accepté de bonne grâce le cadeau que j’avais apporté pour lui,
d’un exemplaire dédicacé du Sinthome et de Lacan même,
où la place était laissée pour une dédicace de Philippe Sollers. Il a
de même gentiment accepté de remettre de ma part à Mme Ségolène Royal
un exemplaire dédicacé de ces deux ouvrages.
Gérard
Miller a introduit l’entretien en retraçant le chemin qu’avait suivi
notre réflexion, et notre action, depuis le vote de l’amendement
Accoyer par l’Assemblée nationale. Peut-être mon frère voudra-t-il
reprendre lui-même pour l’ALP la substance de ses propos.
Je reproduis l’essentiel de ce que j’ai dit ce matin au
successeur de François Mitterrand à la tête du Parti socialiste.
Vous avez dit : non opposable ? par Herbert Wachsberger
Le 21 janvier 2005, Le Pr. Laurent Degos déclarait dans Le Monde (la Haute Autorité de santé (HAS), dont il est le président, venait d’entrer en fonction au début du mois) : « La philosophie de la HAS est d'être une autorité administrative totalement indépendante - sans aucune influence industrielle, ministérielle ou autre - qui puisse, suite à des saisines (d'organisations professionnelles, d'associations de patients, d'institutions ou de l'Etat) ou à des autosaisines, donner des avis et des recommandations non opposables. »
Décryptons.
I.- La HAS, à l’instar des autorités administratives indépendantes (AAI) de la même catégorie juridique, est placée, contrairement à la tradition administrative française, en dehors des structures administratives traditionnelles et n’est pas soumise au pouvoir hiérarchique (d’un ministre, par exemple). Cette indépendance, en effet totale par comparaison à l’Anaes dont elle prenait la place, la tient à l’abri de l’influence industrielle : entendons, celle de l’industrie pharmaceutique, au moment où les affaires du Vioxx et du Celebrex s’étalaient à longueur de colonnes.
Opposable : Qu’est-ce à dire ? Le terme appartient au vocabulaire du droit - « caractère d'un droit ou d'un moyen de défense que son titulaire peut faire valoir contre un tiers » (Trésor de la langue française). Et l’une des missions assignée par décret à la Haute Autorité de santé le reprend : (La HAS) « établit les références professionnelles (…) susceptibles d'être rendues opposables aux professionnels de santé par les conventions prévues (…) ou, à défaut, le règlement prévu (…) ainsi que les recommandations de bonne pratique qui y sont associées ». Les Références médicales opposables (RMO) sont rédigées sous la forme d’un " il n’y a pas lieu de… " par les partenaires conventionnels ; elles doivent être respectées sous peine de sanction. Mais M. Degos prévient aussitôt que les avis et les recommandations de la Haute Autorité de santé ne seront pas opposables. Plus tard, il confirmera que « la sanction ne peut être érigée en règle générale de gouvernance ».
OUI, les sociétés savantes sont utiles. On peut se demander néanmoins si les sociétés savantes, comme en général les médecins qu'elles représentent, les médecins en général, ne se font pas déposséder progressivement de leurs prérogatives, de toute liberté d'agir, sinon de penser. De quoi s'agit-il ? De la prise en main d'une responsabilité éminente des sociétés savantes, celle de dire quel est, à leur avis, l'état de l'art en matière de prise en charge et de traitement des maladies, des explorations, etc. Au moins trois exemples récents :
Lucien Bonnafé et l'Evaluation Yves Gigou nous adresse ce texte de Lucien Bonnafé précédé de l'introduction ci-dessous. Pourtant on ne peut s'empêcher de regretter le temps décrit ici par le célèbre psychiatre, non sans ironie, quand l'évaluation de la psychiatrie embarrassait fort l'administration...
Nous,
Cortège - Les quelques-uns qui ont eu à cœur d'en soutenir le pari,
dans la diversité qui les rassemble autour de ce personnage aux milles
visages qu'il fut pour eux, ont choisi de signer du nom du poème de
Guillaume Appolinaire qu'il citait si volontiers et qui le dit si bien.
Lucien
Bonnafé est mort le 16 mars 2003. Ceux qui ont partagé son aventure ont
tenté sur le vif de dire les chemins qu'il a ouverts. Folie,
psychiatrie, poésie, politique, dans chacune de ces voies, Lucien
Bonnafé a posé des paroles et des actes, comme autant d'invitations à
poursuivre, chacun selon son style propre. Ce livre rassemble les
textes de quelques-uns de ceux avec qui il a fait l'histoire et de
quelques autres qui s'efforcent de la prolonger. Ce livre évoque une
oeuvre pionnière, qui a marqué l'horizon des pratiques de la folie,
dont la méthode et l'éthique se soutiennent d'un concept original : le
désaliénisme.
L'harmattan, Collection :Pratiques De La Folie, 177 pages